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Yousry Nasrallah: «Un film pour me faire plaisir et faire plaisir aux gens»

Yousry Nasrallah: «Un film pour me faire plaisir et faire plaisir aux gens»

media« Le Ruisseau, le Pré vert et le doux visage » du réalisateur égyptien Yousry Nasrallah.Pyramide Distribution
C’est un film qui nous met en joie. Dans « Le Ruisseau, le Pré vert et le doux visage », le réalisateur égyptien Yousry Nasrallah nous parle de cuisine, d'amour et de liberté. Il oscille entre film social et comédie musicale, dans une atmosphère joyeuse, colorée et dansante. L'histoire raconte la vie d'une famille de traiteurs dans un village en Egypte.
Nous sommes dans le delta du Nil, une centaine de kilomètres au nord du Caire, dans le village de Belkas. La famille Al-Tabakh, le père et ses deux fils ont une entreprise de traiteur. Ils occupent de la nourriture pour les mariages. C’est une entreprise familiale reconnue, sans être exagérément prospère, mais elle attire les convoitises d’un homme d’affaires et de son épouse sans scrupules.
Entre le film social et la comédie musicale
Le Ruisseau, le Pré vert et le doux visage se situe entre le film social et la comédie musicale et le réalisateur Yousry Nasrallah se souvient que l’idée du scénario remonte à plus de 20 ans : « En 1995, j’avais tourné le documentaire À propos des garçons, des filles et du voileavec Bassem Samra, le comédien principal du film. À l’époque, il était encore enseignant dans un lycée technique. J’étais avec lui dans sa ville natale et j’ai connu ses cousins là-bas qui sont traiteurs. C’est inspiré de ces personnages assez hallucinants et hauts en couleur que j’avais rencontrés en 1995. Ce sont des gens extrêmement drôles, sensuels, bucoliques et très indépendants et fiers. Là, je me suis dit : tiens, cela me rappelle moi [rires]. Vous savez, en tant qu’artiste, on est souvent assujetti à des pressions du genre : c’est moi qui ai l’argent, c’est moi qui commande, c’est moi qui te fais faire… On n’est pas des domestiques. Chez ces cuisiniers, j’ai tout de suite senti ce côté en eux. Ce ne sont pas des domestiques. Ce sont des gens qui sont très fiers de leur travail. Ils sont très indépendants et ils ont une dignité incroyable. C’est facile de se projeter en eux. »
Une ode à la liberté dans une « sale période »
Le Ruisseau, le Pré vert et le doux visage est une ode à la liberté. Le précédent film de Yousry Nasrallah, Après la bataille, avait été tourné juste après la révolution, place Tahrir, au Caire, qui avait contraint l’ancien président Hosni Moubarak à quitter le pouvoir. Là, le décor est vraiment tout autre dans cette campagne, en plein mariage, avec une explosion de couleurs, de paillettes, de danse, d’enchevêtrement de relations amoureuses plus ou moins bien vues. Pour Yousry Nasrallah, il est important de parler de sexe et de bonne bouffe dans cette période marquée par les attentats islamistes et le protectionnisme à la sauce Donald Trump :
« Soyons très honnêtes : nous vivons une sale période. Que ce soit ici en France ou dans nos pays à nous, ce n’est vraiment pas une période très gaie, mais c’est aussi une période où il y a beaucoup de gaité. Il y a cette espèce de sentiment de fin de monde, mais, en même temps, on sent que les gens s’accrochent à la vie. Ils s’accrochent à ce à quoi ils tiennent dans la vie. Alors j’ai dit : c’est le moment de faire ce film. J’ai 64 ans et je n’ai plus rien à justifier. Je fais un film, parce que j’ai envie de le faire. Pour me faire plaisir et faire plaisir aux gens. Cela n’a rien à voir ni avec Hosni Moubarak ni avec Sissi [l’actuel président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, ndlr] ni avec Morsi [l’ancien président islamiste Mohamed Morsi, ndlr]. »
D’ « Après la bataille » à Bollywood
Le cinéaste égyptien se déclare libre par rapport à Moubarak, aux frères musulmans et à l’armée. En regardant Le Ruisseau, le Pré vert et le doux visage, on pense à la comédie italienne ou au cinéma populaire égyptien des années 1970, mais on pense aussi à Bollywood, à l’industrie du cinéma indien avec ses chorégraphies entrainantes, ce côté clinquant, une référence que ne renie pas Yousry Nasrallah :
« Il y a un côté très populaire dans les films de Bollywood et cette popularité est assumée : l’amour des couleurs, l’amour de la musique, l’amour de bouger. Ce n’est pas étonnant que ces films fonctionnent très bien partout dans le monde. Dans les classes populaires égyptiennes, il y a eu même un moment où les distributeurs et les producteurs de films égyptiens ont demandé l’interdiction des films de Bollywood ! Trop de concurrence. Et dans le film, il y a ce côté assumé des couleurs qui est totalement réaliste en Égypte. Vous allez dans les quartiers populaires des villes, il y a un amour pour les couleurs qui est souvent jugé de mauvais gout. Or, pour moi, le seul mauvais gout qui existe pour moi, c’est l’hypocrisie. »
Le film de Yousry Nasrallah est avec garantie sans hypocrisie, mais avec une sacre dose de piments et une pointe de coriandre.
CHRONOLOGIE ET C

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