Abu Ahmed, 27 ans, est réparateur d’ordinateurs, il vit à Alep-Est. Son témoignage a été recueilli par l’intermédiaire de Médecins sans frontières (MSF)
«Il y a un mois, comme chaque matin, j’attendais des amis pour prendre le café. Mes amis étaient en retard. Quand il y a eu le bombardement, j’étais seul. J’ai entendu le missile arriver vers moi, même si je ne l’ai pas vu. J’ai couru, mais pas assez vite. C’était une bombe à sous-munitions. Quelques-unes ont explosé sur les bâtiments. Un éclat a transpercé ma jambe gauche. Mes autres blessures sont superficielles.
«Allongé au sol, en état de choc, je pensais que j’avais perdu ma jambe. Des voisins se sont rassemblés mais ils n’ont pas eu le courage de s’approcher, ils avaient peur des bombes qui n’avaient pas explosé et qui étaient tout autour. Ils avaient aussi peur d’une deuxième frappe, juste après la première – une tactique habituelle. Ils ont attendu 5 minutes pour être sûr que l’avion était parti.
«Ils ont essayé de me soulever mais je hurlais que j’avais trop mal. Ils ont appelé une ambulance qui, par chance, est arrivée. L’hôpital était proche, à seulement 2 minutes, mais ce jour-là, le chauffeur a dû suivre un autre trajet, beaucoup de rues étaient bloquées par des débris et des corps à cause du raid.
«A l’hôpital, ils ont fait une radio et m’ont amené en salle d’opération. Ma jambe était disloquée et l’os de ma cuisse pulvérisé. Je leur ai demandé si j’allais être amputé mais le docteur a dit non. J’ai ensuite été installé dans une chambre au premier ou deuxième étage. Elle était très petite et avait été endommagée par des frappes aériennes, il n’y avait plus de vitre aux fenêtres et des gens n’arrêtaient pas d’aller et venir. Dans une chambre comme celle-là, vous avez sans cesse peur d’être ciblé. Je pouvais entendre les avions tourner dans le ciel. Je ne pouvais plus encaisser le stress, j’ai demandé à être ramené chez moi.
«Quand je suis arrivé, c’était la nuit. Des voisins sont sortis, m’ont porté jusqu’à ma chambre au premier étage et m’ont couché sur le lit. Je voulais me reposer mais c’était impossible. Je pouvais encore entendre les avions et les missiles explosaient autour de nous. Cette nuit-là, les raids n’ont pas cessé. Les antiobiotiques et les antidouleurs qu’on m’avait donnés à l’hôpital ne faisaient pas effet.
«Une semaine plus tard, j’aurais dû aller mieux mais la douleur était telle que je ne pouvais pas dormir. Je ne pouvais pas aller à l’hôpital, il n’y avait pas d’ambulance, et même si j’avais pu y aller, il n’était pas sûr que je puisse voir un médecin.