PROGRAMME DE MICROCREDIT AUX PLUS PAUVRES AU BENIN:
Source: Fraternité
PROGRAMME DE MICROCREDIT AUX PLUS PAUVRES AU BENIN:
La mise à disposition de la micro-finance aux couches les plus défavorisées constitue une innovation du gouvernement du changement. Cinq ans après la concrétisation d’une telle vision, il convient de jeter un regard dans le rétroviseur pour voir dans quelle mesure il faudra consolider les acquis et mettre en Å“uvre des reformes pour la sauvegarde du Programme du Microcrédit aux plus pauvres (MCPP) en cours d’exécution.
- Réckyath Madougou à l’heure des réformes
Les microcrédits sont des prêts sur mesure accordés aux populations soit pour débuter une activité génératrice de revenus, soit pour accompagner une activité déjà en cours. Ils se donnent pour objectif d’inclure dans ce marché financier les populations qui n’ont pas accès aux banques classiques, parce qu’elles sont trop pauvres, trop éloignées des banques. Cette version moderne est née au début des années 80, dans le contexte de libéralisation économique. Malgré le fait que le Bénin à l’instar de bon nombre de pays africains est concernés avec la naissance des structures comme le Pdme, le Papme, Vital Finance, CLCAM (…), il n’en demeure pas moins que le secteur de la micro-finance ait été carrément bouleversé avec l’intervention du gouvernement dans le secteur. Par cette dynamique, le gouvernement entend accroître la création de la richesse nationale en intégrant dans le circuit productif, le potentiel de micro entrepreneurs parmi les plus pauvres et qui sont privés d’accès aux produits et services financiers du fait des risques que revêt le financement de la couche à laquelle ils appartiennent. Il s’agit à travers le programme de donner aux plus pauvres les moyens de s’inscrire dans la dynamique d’autonomisation progressive afin d’accéder aux conditions requises pour une vie digne et décente, de mettre en place des mécanismes de financement de l’économie nationale en tenant compte des spécificités de celle-ci et surtout de la réalité des acteurs qui l’animent. En effet, cinq années après, Madame le Ministre de la micro-finance Réckyath Madougou est revenue sur les différents services existant dans le domaine notamment l’accompagnement des institutions de Micro-Finance, le Fond d’appui à la solidarité nationale et à l’action sociale (Fasnas), le Financement des activités agricoles en milieu rural (Faar) et surtout le micro-crédit au plus pauvre (Mcpp).. Dans la même logique, le ministre Réckyath Madougou, a précisé que le nombre d’Imf agrée par l’Etat béninois est passé de 21 à 47 en 05 ans. Dans le rang des financements sociaux, 816 936 bénéficiaires ont été enregistrés dont 191.172 à la 2ème phase et, environ 150.000 en intégration progressive de la 3ème phase (marché classique) avec 12 Imf partenaires pour un montant cumulé de 45.909 600.136 F. Le Fond d’appui à la solidarité nationale et à l’action publique, (Fasnas) a permis de soulager 15.692 personnes pour un montant cumulé de 1.576.758.000 FCFA. Quant au crédit relais 1.300.000.000 Fcfac sont décaissés pour impacter 25.672 personnes. Dans cette catégorie, contrairement au Mcpp où le Smig est fixé à 30.000Fcfa, lorsqu’il s’agit du crédit relais, les prêts commencent à partir de 100.000Fcfa. Enfin pour ce qui concerne le Faar, 2.270.000.000 Fcfa sont mis à la disposition 1.624 promoteurs d’activités agricoles. " Au totale un montant cumulé de 60.256.635.739 Fcfa a été injecté sous forme de liquidité dans le secteur et a permis d’impacter 862 323 personnes (toutes interventions comprises) par le canal de 31 IMF qui se sont véritablement consolidées avec une tendance très reluisante au niveau des principaux indicateurs de performance (portefeuille à risque ; capitalisation ; capacité des financement ; autonomie financière).
Des réformes attendues
Au titre du quinquennat 2011-2016, les réformes sont nécessaires. Il sera question de sécuriser les différents programmes, de faciliter l’accès au microcrédit aux plus pauvres, du réseautage des bénéficiaires du Mcpp. L’un des plus grands défis à relever reste la modernisation des outils de gestions. Ceci en généralisant la solution biométrique dans tout le processus d’octroi des crédits. Ensuite, il sera question du renforcement des effectifs et capacités techniques des Institutions de micro finance, de mettre en place une approche intégrative de la micro finance avec le développement en cours d’action à vocation sociale (micro assurance, alphabétisation) et prochainement mutuelle de santé. De quoi consolider les acquis du premier quinquennat. Si l’heure est à la consolidation des acquis, la situation n’est pas si évidente chez les populations. Selon elles, il faudrait au prime abord, revoir les conditions d’octroi des différents crédits afin qu’ils répondent à leur besoin. En tout cas, c’est ce que pense Koucou Emilie, membre du groupement " La victoire Midogbékpo " de Vedoko. Propriétaire d’une boutique à Cotonou, elle avoue être déjà à la 2ème phase et que les 50.000Fcfa ne lui permettent pas de rehausser son petit commerce. " Je pense que qu’on ne devrait plus lors des prêts mettre tout le monde dans le même panier. Le programme Mccp serait plus intéressant pour moi si on octroyait les crédits selon le niveau du commerçant " a-t-elle indiqué tout en louant les efforts du gouvernement d’avoir pensé aux pauvres. La solution qu’elle propose pour inverser la tendace est de faire en sorte que la somme passe à 100.000Fcfa mais en gardant le même taux d’intérêt et en revoyant les conditions de remboursement. Plus radicale qu’Emile Koucou, Nathalie A. en sa qualité de responsable d’un groupement féminin à Ménontin dit n’avoir jamais accepté personnellement de prendre cet argent parce qu’elle trouve la somme allouée aux autres membres de son groupement un peu petit pour beaucoup de tracasserie. " J’ai souvent été témoin de toutes les tracasseries que doivent faire ces femmes pour rembourser cet argent que depuis le début même si pour suivre le mouvement du groupe, je les aide dans les démarches, je préfère ne pas prendre cet argent tant qu’on aurait pas revue le temps qui sépare le jour d’octroi du crédit au premier versement " a-t-elle déclaré. Quant à Valentin Sanoussi, responsable d’une entreprise de vente de matériel informatique à Aïbatin, il déplore ne pas être au courant des autres programmes en exécution dans ce ministère. " Moi aussi je voudrais figurer parmi les bénéficiaires et je sais que les hommes aussi peuvent jouir de ce programme, seulement pour moi, les Mcpp, c’est une affaire de femme et je n’étais pas informé des autres programmes en exécution " souligne celui-ci en proposition aux autorités en charge de l’exécution des autres programmes.
Depuis 2006, la vision du gouvernement est de faire de la micro-fiance un outil incontournable de développement à la base et de lutte contre la pauvreté. Il s’agit pour le Chef de l’Etat, le Dr Thomas Boni Yayi de rendre productifs et créateurs de richesses les Béninois qui aspirent au bien-être social à travers le micro-crédit et autres services d’accompagnement en leur fournissant un encadrement susceptible de développer en eux une capacité de gestion des activités génératrices de revenus. Pour y parvenir, il a été conçu par l’ancien ministre des microfinances, Mme Sakinatou Alpha Orou Sidi, le programme de micro-crédit aux plus pauvres d’un montant total de 20 milliards au titre de l’année 2008. Plus de 500.000 bénéficiaires étaient visés au départ par le programme dont la mise en Å“uvre a suscité beaucoup d’engouement au sein de la population surtout la couche féminine en proie à une extrême oisiveté. Mais aujourd’hui, environ 2 millions de Béninois (ses) sont impactés par le programme selon le Directeur de Fonds national de micro-finance, Komi Koutché dont 55% des bénéficiaires affirment avoir été soustraits de la pauvreté…. En effet, pour faire de la micro-finance un outil de développement au Bénin, trois phases de mise en Å“uvre du programme sont préconisées. Il s’agit concrètement pour la première phase de l’octroi d’un crédit à taux sensiblement bonifié à partir d’un montant de 30.000 Fcfa. Le taux d’intérêt s’élève lui à 5% dont un minimum de 3% servant à l’épargne stratégique. A la deuxième phase du programme, le montant est de 50.000 Fcfa avec un taux d’intérêt de 8% servant à l’épargne stratégique. De sorte qu’une partie des intérêts que paient les bénéficiaires soit ristournée en fonction de leurs efforts de remboursement. Le dernier volet du programme est volontaire et s’apparente aux produits classiques d’épargne qu’offrent les institutions financières à leur clientèle pour qu’à la troisième phase, les bénéficiaires des services du programme soient soumis aux conditions des partenaires stratégiques en l’occurrence, les banques, les institutions de micro-crédits et autres Ong implantées au Bénin. Et ce, selon une réglementation dans le secteur. L’objectif étant de consolider les acquis des populations et d’assurer par la même occasion leur autonomisation. C’est à ce titre qu’il a été conçu un volet non financier du programme orienté vers la formation, l’alphabétisation et l’initiation aux normes cardinales que sont la gestion de la mutualité, celle des coopératives et des cycles des activités génératrices de revenus. A cela, il faut ajouter l’initiation aux notions de tenues de comptabilité, de crédits et des principales obligations sous-jacentes. Un paramètre qui permettra d’augmenter la capacité managériale des bénéficiaires suivant les meilleures pratiques en vigueur dans le domaine de la micro-finance. Bref, il s’agit pour le gouvernement d’instituer dans la chaîne de production et de création de richesse, une micro-finance de développement au Bénin. Toutes choses qui font du programme de micro-crédit aux plus pauvres, un modèle pour la croisade contre la pauvreté.
Micro-finance, un outil contre la pauvreté encore mal exploité
Depuis plusieurs décennies, les Béninois bé néficient de certains services du secteur de la micro-finance tels que les tontines, épargnes et les crédits. Tout fonctionnait bien à cette étape ’’primaire’’ du secteur sauf qu’il n’y avait pas une règlementation et une méthode de gestion appropriée. Il faut attendre la création et l’expansion des CLCAM à travers tout le pays par la CNCA en 1977 pour évaluer l’effectif sans cesse croissant des bénéficiaires. Avec l’avènement du renouveau démocratique, le secteur enregistre de nouvelles structures : ONG et institutions regroupées sous le thème institutions de micro-finances. D’après le répertoire des Institutions de Micro-finance de 2005, le Bénin comptait déjà 2070 structures de micro-finance dont 762 institutions et 1.308 représentations, agences ou antennes. De sorte que le secteur de micro-finance du Bénin occupe la première place dans l’Union Economique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). Le Bénin étant membre de l’UEMOA, de la CEDEAO et de la BCEAO, il a l’obligation de se soumettre aux différentes lois et décrets pris par ces institutions pour règlementer le secteur. En dehors de ces lois et décrets, il y a les textes nationaux tels que la loi bancaire n° 90-018 du 27 juillet 1990 portant règlementation bancaire, la loi n°97-027 du 08/08/97, des décrets et autres. Cependant, il est très facile de constater à regret que l’existence de tout cet arsenal juridique n’a pas pu empêcher les taux d’usure élevés et largement supérieurs à ce que recommandent les règlementations en vigueur. D’après le même rapport du diagnostic approfondi du secteur de la microfinance au Bénin réalisé par le PNUD-Bénin, il a été prouvé que " le taux d’intérêt effectif des crédits proposés par les IMF est au-delà du taux d’usure de 27% fixé par la réglementation. Les écarts par rapport au taux d’usure sont variables de 0,27% à plus de 30% ". Ainsi, ces structures utilisent les services de micro-finance pour abuser de la confiance des épargnants et s’enrichissent de façon illégale. Pourtant il existe une loi qui exige un taux d’usure à ne pas excéder !
ICC service et consorts
En réalité, les nouvelles structures ont pour principale activité, une épargne avec un taux d’intérêt faramineux qui avoisine 300%. De quoi avoir l’avalanche de la population qui a été spoliée. Cette dernière, surtout la couche des plus pauvres, trouvait dans ce système une issue moins contraignante pour sortir de la pauvreté. L’exemple le plus patent de ces structures est ICC-Services qui se révèle être selon la communication de H. Norbert et E. Moussa, " un groupe informel de collecte d’épargne au sein d’une organisation non-gouvernementale ". ICC-Services doit aussi son succès à son association avec l’Eglise du Christianisme Céleste. A la suite de ICC, il y a d’autres structures telles que NTIC Services, Suram Angel qui ne s’étaient pas conformée à la loi PARMEC régissant l’exercice de la micro-finance au Bénin. Il faut attendre juin 2010 pour que le gouvernement comprenne qu’il faut réagir ; sans compter avec la complicité de certains membres du gouvernement. Ce fut un scandale qui a échappé aux dispositifs règlementaires qui régissent le secteur de la micro-finance béninois qui s’est enfin explosé tout juste au lendemain de la grande crise économique. Tout comme les victimes directes, l’économie nationale continue d’en faire les frais sans oublier les IMF et les banques dont certaines ont connu la faillite. D’après les résultats des investigations de H. Norbert et E. Moussa, " les pertes annoncées représentent 5% du PIB " suivie de la dégradation des agrégats macro-économique tels que le PNB, le taux de croissance et le taux d’inflation. Il urge donc de renforcer le cadre légal, règlementaire et institutionnel. Autant de défis à relever par le nouveau gouvernement et surtout par les deux ministres ayant en charge des finances et de la micro-finance…
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