«Kollektsia !», l’art russe contemporain «non-officiel» au Centre Pompidou
«Kollektsia !», l’art russe contemporain «non-officiel» au Centre Pompidou
Des œuvres dont beaucoup ont été longtemps interdites voient le grand jour au Centre Pompidou-Paris. Avec l’exposition « Kollektsia ! Art contemporain en URSS et en Russie, 1950-2000 », 250 tableaux, sculptures, photographies et installations de 65 artistes russes longtemps réprimés, ignorés et méconnus sont enfin montrés et reconnus à leur juste titre. « Cette erreur a été rattrapée » confie Nicolas Liucci-Goutnikov, le commissaire français de cette aventure monumentale devenue possible grâce à un don exceptionnel d’une quarantaine de collectionneurs et artistes russes. Entretien.
RFI : Kollektsia offre un panorama d’un demi-siècle d’art contemporain russe, de 1950 jusqu’à nos jours. Qu’est-ce qui vous a frappé le plus quand vous avez vu ces 250 œuvres rassemblées et accrochées aux cimaises du Centre Pompidou ?
Nicolas Liucci-Goutnikov : C’est de voir un art non-officiel, un art né dans les marges du système officiel. Et qui, quand on le voit accroché sur les murs du Centre Pompidou, prend toute sa signification et s’intègre parfaitement à cette grande histoire que raconte cette collection. Un art non-officiel, cela veut dire un art créé par des artistes qui ne sont pas considérés comme des artistes par le régime soviétique. Des artistes maintenus en marge du système, qui n’ont pas le droit d’exposer ou seulement chez eux ou quelques heures dans des bars ou dans des parcs publics. Il s’agit d’un contexte historique extrêmement particulier produisant un art qu’on peut dans certains cas mécomprendre ou mal comprendre si on ne garde pas en tête ce contexte. Et ce dont je me réjouis surtout est qu’on a réussi à reconstituer le contexte de création de l’époque qui donne toute sa valeur à ces différentes œuvres.
Cette année, il y a eu le succès énorme de l’exposition Eugen Gabritschevsky (1893-1979) à la Maison rouge, on a connu les vagues médiatiques provoquées par l’artiste performeur russe Piotr Pavlenski et déjà en 2010, le musée du Louvre avait présenté Contrepoints. L’art contemporain russe, de l’icône à l’avant-garde en passant par le musée. Malgré tout, on connaît très peu l’art contemporain russe.
Il n’y a pas de « trou » spécifique dans la perception de cet art. Ce que je regrette est l’incompréhension dont pâtissent les artistes russes installés à Paris. C’est très concret. On sait que de nombreux artistes contemporains se sont établis à Paris à la fin des années 1980 et au début des années 1990 : Eduard Steinberg, Vladimir Yankilevsky, Igor Shelkovski, Oskar Rabin, pour ne citer que quelques-uns des artistes qui vivent ici depuis très longtemps, certains vivant entre Paris et Moscou, mais en tous cas ils ont établis ici depuis plus de vingt ans, certains sont morts entre temps. Des artistes qui ont été exposés dans certaines galeries, mais qui n’ont pas eu la chance de retenir l’attention des grands musées publics. Ce qui me fait très plaisir, c’est que cette erreur a été rattrapée grâce à ce projet.
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